Un franchisé McDonald's ne verse pas seulement une redevance de marque. Il verse une redevance, un loyer, et une contribution publicitaire. Cette architecture n'est pas un détail comptable : elle détermine ce qui se passe quand un restaurant cesse d'être rentable.
Ce que dit le document officiel
McDonald's publie aux États-Unis un document destiné aux candidats à la franchise, Your Path to Becoming a McDonald's Franchisee. Il énonce, sans ambiguïté :
- durée du contrat : « généralement 20 ans » ;
- droit d'entrée : 45 000 dollars ; apport comptant minimum de 25 % du prix d'achat du restaurant ;
- redevance de service mensuelle : « un pourcentage du chiffre d'affaires brut du restaurant (actuellement 4 %) » ;
- loyer mensuel : « généralement un loyer de base fixe et un pourcentage du chiffre d'affaires brut du restaurant » ;
- publicité : « pas moins de 4 % du chiffre d'affaires brut ».
McDonald's ne chiffre pas la composante loyer. Les fourchettes qui circulent (8 à 15 % du chiffre d'affaires) proviennent de sites tiers spécialisés dans la franchise, et non de l'entreprise. Elles ne sont pas reprises ici comme établies. On lit également, sur des sites de courtage en franchise, une « redevance d'exploitation de 20 % » : ce chiffre n'a aucun fondement dans les documents officiels et agrège vraisemblablement redevance, loyer et publicité.
Le levier immobilier, revendiqué dans le rapport annuel
L'idée remonte à Harry J. Sonneborn, qui rejoint Ray Kroc en 1956 et propose que l'entreprise détienne l'immobilier de ses restaurants plutôt que de se contenter d'encaisser des redevances. Une société est créée à cet effet, Franchise Realty Corporation, dont Sonneborn est le premier président ; il deviendra le premier président-directeur général de McDonald's en 1959, avant de démissionner en 1967.
Soixante-dix ans plus tard, cette stratégie est toujours revendiquée. Le formulaire 10-K de McDonald's Corporation pour l'exercice 2025, déposé auprès de la SEC le 24 février 2026, l'écrit ainsi :
« Sous le régime de la franchise conventionnelle, la Société est généralement propriétaire du terrain et du bâtiment du restaurant, ou en détient un bail de longue durée, et le franchisé paie l'équipement, les enseignes, le mobilier et la décoration. La Société estime que la propriété de l'immobilier, combinée au co-investissement des franchisés, lui permet d'atteindre des niveaux de performance parmi les plus élevés du secteur. »McDonald's Corporation, Form 10-K, exercice 2025 (traduit de l'anglais)
Les chiffres de 2025
| Indicateur | 31 décembre 2025 | 31 décembre 2024 |
|---|---|---|
| Restaurants dans le monde | 45 356 | 43 477 |
| dont franchisés | 43 317, soit environ 95 % | 41 432 |
| Restaurants exploités en propre | 2 039 | 2 045 |
| Ventes de l'ensemble du réseau (systemwide sales) | 129 675 M$ | 120 933 M$ |
| Revenus comptabilisés par McDonald's Corporation | 26 885 M$ | 25 920 M$ |
| dont revenus tirés des restaurants franchisés | 16 548 M$ | 15 715 M$ |
| dont ventes des restaurants exploités en propre | 9 690 M$ | 9 782 M$ |
Les chiffres ci-dessus sont ceux des tableaux détaillés du 10-K 2025. La page de synthèse du même document annonce, elle, des ventes de réseau « de 139,4 milliards de dollars », montant inconciliable avec le tableau (129 675 M$) et avec la progression de 7 % qu'il indique lui-même. Nous retenons le tableau.
L'écart entre les 129,7 milliards de dollars de ventes du réseau et les 26,9 milliards de revenus comptabilisés résume le modèle : McDonald's n'encaisse pas le chiffre d'affaires des restaurants, il en prélève une fraction — sous forme de redevances et de loyers. Le 10-K le formule ainsi : les franchisés conventionnels contribuent aux revenus de la société « principalement par le paiement d'un loyer et de redevances assis sur un pourcentage des ventes, avec des montants de loyer minimaux stipulés », auxquels s'ajoutent les droits d'entrée. Et il ajoute que ce modèle « fortement franchisé » est « conçu pour générer des revenus stables et prévisibles ».
Le segment qui inclut la France est franchisé à 89 %. En France même, McDonald's revendique environ 1 589 restaurants et plus de 76 000 salariés sous enseigne ; l'entreprise ne publie ni son chiffre d'affaires français, ni son nombre de franchisés.
Pourquoi cela compte dans un litige
Un franchisé dont le restaurant devient déficitaire ne cesse pas pour autant de devoir le loyer minimal et la redevance : ces sommes sont assises sur le chiffre d'affaires, non sur le résultat. C'est la mécanique dont le dossier antibois porte la trace, restaurant par restaurant : les lettres de Bernard Collorafi sur les redevances face à la baisse du chiffre d'affaires, celles sur les loyers impayés et la trésorerie, et le rapport d'expertise judiciaire ordonné par la cour d'appel de Paris, qui a précisément porté sur la rentabilité et les redevances.
À noter enfin, puisque la question de la protection territoriale traverse le dossier : le contrat McDonald's n'emporte pas d'exclusivité de zone, comme le rappelle une lettre de la firme à son franchisé en 1997. La durée de vingt ans du contrat, elle, était déjà décrite en 1996 par Franchise Magazine.