Le contrat de franchise crée une dépendance particulière : le franchisé investit son capital, mais c'est le franchiseur qui décide quel restaurant lui est proposé, où, et à quelles conditions il pourra en acquérir d'autres. Depuis 2020, plusieurs groupes d'anciens franchisés américains contestent devant les tribunaux la manière dont McDonald's a exercé ce pouvoir. Ces affaires sont, pour la plupart, toujours en cours : ce qui suit relate des allégations et des décisions de procédure, pas des faits jugés.
L'affaire Crawford et ses suites
Le 31 août 2020, 52 anciens franchisés afro-américains, exploitants d'environ 200 restaurants, saisissent le tribunal fédéral du district nord de l'Illinois sur le fondement du 42 U.S.C. § 1981, qui prohibe la discrimination raciale dans les contrats. Ils réclament plus de 800 millions de dollars. Une plainte amendée porte le nombre de plaignants à environ 77.
Ce qu'ils soutiennent : McDonald's les aurait orientés de manière systématique vers des implantations moins rentables — quartiers défavorisés, coûts d'assurance et de sécurité plus élevés —, leur aurait refusé les mêmes opportunités de croissance et le même soutien financier qu'aux franchisés blancs, et aurait conditionné l'acquisition d'un restaurant rentable à la reprise d'établissements dégradés.
Ce que McDonald's répond : le PDG Chris Kempczinski a déclaré : « Nous contestons les allégations de cette action et nous entendons nous défendre vigoureusement. » Dans une écriture d'octobre 2020, ses avocats qualifient la thèse d'« illogique », soutenant qu'elle « suggère que l'entreprise aurait d'une manière ou d'une autre intérêt à saper ses propres franchisés et à les voir échouer ».
Ce qu'un juge a effectivement décidé : le 28 septembre 2022, le juge Steven C. Seeger accueille la demande de rejet de la plainte amendée — mais en autorisant les plaignants à la réécrire. Ce n'est donc pas un rejet définitif au fond. Le débat porte notamment sur la prescription applicable à la section 1981. Deux affaires liées, Manning (48 plaignants) et King (31 plaignants), sont pendantes devant le même juge ; en septembre 2025, les parties en étaient encore aux incidents de procédure, sans date d'audience au fond.
L'affaire Byrd : rejetée, puis réglée
Les frères James et Darrell Byrd, exploitants de quatre restaurants dans la région de Memphis, avaient engagé une action voisine. Le juge Harry Leinenweber l'a rejetée en juin 2021, estimant qu'ils n'avaient pas démontré une différence de traitement par rapport à des propriétaires non noirs. Le 10 décembre 2021, un accord met fin au litige : McDonald's rachète les quatre restaurants pour 6,5 millions de dollars et les Byrd quittent le réseau. L'entreprise déclare alors :
« La discrimination n'a pas sa place chez McDonald's, et, bien que nous ayons été confiants dans la solidité de notre dossier, ce règlement permet à chacun d'avancer vers une résolution amiable. »McDonald's, décembre 2021 — traduit de l'anglais
L'entreprise a souligné n'avoir été reconnue coupable d'aucune violation. Elle a par ailleurs annoncé un engagement de 250 millions de dollars sur cinq ans en faveur des franchisés issus de minorités.
Le litige publicitaire de Byron Allen
Distinct des précédents, le contentieux engagé le 20 mai 2021 par l'homme d'affaires des médias Byron Allen réclamait 10 milliards de dollars. Sa thèse : McDonald's cantonnait ses chaînes dans un « segment afro-américain » publicitaire doté d'un budget bien plus faible ; selon la plainte, moins de 5 millions de dollars sur 1,6 milliard de budget publicitaire en 2019 allaient à des médias détenus par des Noirs.
Le 4 décembre 2024, le juge Fernando Olguin rejette la demande de jugement sommaire de McDonald's — qualifiant sa décision de « cas limite » — et autorise le procès devant jury. En juin 2025, quelques semaines avant l'audience, les parties transigent. Les termes ne sont pas divulgués et aucune faute n'est reconnue.
Les franchisés s'organisent
Un autre fait, moins commenté, dit quelque chose de l'état des relations dans le réseau. À l'automne 2018, plus de 400 exploitants américains se réunissent à Tampa et fondent la National Owners Association — la première association d'opérateurs indépendante et autofinancée de l'histoire américaine de l'enseigne. Son animateur, Blake Casper, exploitant de troisième génération, met en avant la perte de contrôle sur les prix du menu :
« Notre capacité à fixer les prix de nos menus est peut-être l'un des derniers leviers qu'il nous reste. »Blake Casper, National Owners Association, 2018 — traduit de l'anglais
McDonald's a répondu : « Nous accueillons toujours favorablement un dialogue constructif et collaboratif avec nos franchisés, et nous y sommes attachés. »
L'écho antibois
Le grief central de ces procédures — l'attribution des emplacements et la protection de la zone d'activité — est celui-là même que Bernard Collorafi portait en 1997, quand il contestait l'implantation d'un restaurant dans sa zone de chalandise et que McDonald's lui rappelait l'absence d'exclusivité territoriale dans son contrat. Les systèmes juridiques diffèrent, les faits aussi ; la question posée à la tête de réseau est de même nature.
Pourquoi l'emplacement est le nerf du litige
Le reproche central de ces exploitants n'est pas d'avoir été moins bien traités au quotidien : c'est d'avoir été orientés vers des restaurants situés dans des zones à faible volume et à coûts d'exploitation élevés. Autrement dit, la contestation porte sur la zone de chalandise — l'aire d'où vient la clientèle — et sur la manière dont les emplacements ont été attribués.
La raison pour laquelle l'emplacement décide de tout tient à la structure du modèle. Dans le montage conçu par Harry Sonneborn, l'exploitant ne verse pas seulement une redevance assise sur ses ventes : il paie aussi un loyer au réseau, qui détient le bail. Or un loyer est une charge fixe : il est dû que le restaurant marche ou non. Un mauvais emplacement ne réduit donc pas proportionnellement les charges — il écrase la marge.
Le défendeur est, dans tous ces dossiers, McDonald's Corporation — la société qui attribue les emplacements et prescrit les standards. Pour qui veut vérifier l'état de ces litiges, la rubrique « Legal Proceedings » du rapport annuel 10-K, déposé chaque année auprès de la SEC, recense les procédures significatives.